« Les agriculteurs doivent pouvoir vivre de leur travail »

L’assemblée plénière a voté, à l’unanimité des groupes politiques, en faveur de la signature d'une convention de partenariat historique entre la Région et la Chambre régionale d’agriculture. La collectivité régionale engage une enveloppe massive de 150 millions d’euros sur la période 2026-2028 en faveur du monde agricole. Interview croisée des présidents de la Région, Jérôme Durain, et de la Chambre régionale d’agriculture, Vincent Lavier.

 

Jérôme Durain et Vincent Lavier signent la convention, entourés du vice-président à l’agriculture, Christian Morel, des conseillers régionaux délégués à l’agriculture, Fabrice Voillot et Gilles Demersseman, et des présidents de tous les groupes politiques de la Région. Photo : David Cesbron

Comment est née cette convention de partenariat entre la Chambre régionale d’agriculture et la Région et quels en sont les objectifs ?

Vincent Lavier :
Quand je suis devenu président, il y avait une rupture assez profonde entre la Chambre et le Conseil régional, à la suite des difficultés rencontrées dans la gestion des dossiers européens. Il m’a semblé important de renouer le dialogue. On est là pour porter la voix de l’ensemble des agricultures et de tous les agriculteurs de cette grande région. Nous nous sommes vus plusieurs fois avec le président Durain. L’idée de créer une convention a fait son chemin.

Jérôme Durain : En effet, il y a eu une tension compréhensible entre la Région et les agriculteurs ; il a fallu apaiser les choses et repartir sur de nouvelles bases. Le président Lavier a beaucoup œuvré pour que nous puissions mettre au cœur du travail entre la Région et la Chambre quelques sujets qui sont majeurs : la création de valeur ajoutée sur le territoire, la transition écologique, ou encore le renouvellement des générations, qui est un sujet majeur au regard du nombre d’installations insuffisant constaté dans notre Région. Nous devons donc être plus performants sur ce sujet. En parallèle, nous devons  également mieux accompagner les transitions climatiques et économiques ; renforcer la compétitivité des exploitations ; structurer les filières ; et développer l’alimentation de proximité. Nous avons la chance d’avoir une restauration collective importante. Dix millions de repas sont servis chaque année dans nos lycées. Nous devons massifier le recours aux produits locaux et bio. Cela va dans le sens de ce qu’attendent nos agriculteurs.

Vincent Lavier : Pour moi, le grand sujet est celui de la création de la valeur. Dit autrement : il faut que les agriculteurs soient rémunérés à leur juste prix pour ce qu’ils produisent. L’autre enjeu est la sécurisation des projets : quand un jeune s’installe, il faut qu’il puisse le faire sereinement, avec certaines garanties. S’il a une chance sur deux d’aller dans le mur, il partira ailleurs.

Photo David Cesbron

Le défi du renouvellement des générations est majeur : quelles sont les attentes de la profession et comment la Région peut-elle y répondre ?

Vincent Lavier :
Aujourd’hui, un tiers des exploitations est gérée par un agriculteur de plus de 60 ans. Elles seront toutes concernées par une problématique de renouvellement dans les 5 ans à venir. On a un taux de remplacement moyen dans cette région de trois départs pour deux installations. C’est particulièrement grave en filière viande avec trois départs pour une arrivée, et pareil sur les zones de production céréalières. Nous avons vraiment besoin d’avoir une institution régionale qui nous accompagne et nous soutienne sur l’installation et la transmission.

Jérôme Durain :  Je partage les propos du président Lavier. Les agriculteurs doivent pouvoir générer du revenu, doivent avoir de la visibilité sur leur avenir, doivent pouvoir vivre de leur travail. C’est à cette condition qu’on donnera envie aux jeunes de s’installer. La toile de fond est importante avec la dimension immédiate de l’augmentation de la Dotation Jeunes Agriculteurs (DJA) ; nous l’avions déjà bonifiée. Nous venons de la passer à 65 000 €. C’est la dotation la plus importante de France. Mais il n’y a pas que la DJA. C’est tout un écosystème qui doit être mis en place pour favoriser les installations.

La DJA va augmenter de manière notable. C’est accueilli de manière extrêmement favorable par la profession. Il faut pouvoir l’accompagner sur la durée et en complémentarité soutenir les agriculteurs en difficulté.

Vincent Lavier, président de la Chambre régionale d’agriculture

Autre défi : celui de la transition énergétique et climatique. Que doivent faire les agriculteurs pour s’adapter, et comment la Région peut-elle les aider ?

Vincent Lavier :
Il existe quelques marges de manœuvre sur la limitation des consommations : la production d’énergie, d’électricité par exemple. Il y a un travail autour de l’autoconsommation. Mais il y a un sujet sur lequel nous n’avançons pas : celui de la problématique des engrais. Côté climatique, nous sommes sans doute une région plus fragile que les autres. Avec des sols à faible potentiel, notamment par rapport à leur réserve hydrique. Nous devons travailler à trouver des productions moins dépendantes du climat. Un exemple : associer des productions de volaille aux grandes cultures, qui sont très peu voire pas du tout dépendantes du climat, c’est quelque chose de pertinent qui répond aussi à la problématique des engrais parce que les volailles produisent des fientes intéressantes pour la fertilité des terres et la pousse des cultures.

Jérôme Durain : La question de l’eau est centrale. Nous devons trouver des solutions pour la stocker, la préserver et assurer sa qualité. Notre feuille de route régionale Eau adoptée lors de l’assemblée plénière de mai contribue à offrir un cadre. Nous devons également évoluer sur les sujets d’engrais et de fertilité des terres. Nous allons travailler à encourager les pratiques vertueuses, à l’élaboration d’un plan bio qui soit réellement applicable. Nous avons par ailleurs beaucoup de sujets de recherches autour des nouvelles productions, en viticulture notamment, avec la création de nouveaux plants plus résistant aux maladies et aux conditions climatiques extrêmes.

C’est un effort de veille, de recherche, d’innovation et de soutiens tous azimuts pour avoir une agriculture plus résiliente.

Jérôme Durain, président de la Région Bourgogne-Franche-Comté

Photo David Cesbron

Quelles seront les clés de la réussite de cette convention ?

Vincent Lavier :
La simplification des procédures. Que ce soit plus simple pour les porteurs de projets. Nous devons travailler collectivement là-dessus. Nous avons la chance d’avoir une parole politique relativement alignée entre le président de la chambre que je suis et le président de la Région. Nous avons porté une position commune pour notre grande région à Bruxelles il y a un mois. Que cette parole politique soit transformée en véritable partenariat, à la hauteur des enjeux.

Jérôme Durain : D’abord faire prospérer cet esprit de dialogue que nous avons initié. Enfin je suis d’accord avec les propos de Vincent Lavier. Nous avons un travail de simplification à faire sur nos dossiers, cela vaut d’ailleurs dans d’autres domaines que celui de l’agriculture pour la Région. Enfin, nous avons commencé à travailler sur la programmation européenne. Il y a de grandes inquiétudes, qui sont alimentées par les réflexions en cours à l’UE ; en nous déplaçant ensemble fin mars à Bruxelles pour préparer les conditions d’une PAC favorable à la Bourgogne-Franche-Comté, je crois que nous avons vraiment mis toutes les chances de notre côté d’avoir une unité de vue.

Nous plaçons énormément d’espoirs dans cette convention. Nous avons besoin de signaux positifs.

Vincent Lavier

Qui est Vincent Lavier ?

Vincent Lavier est président de la Chambre régionale d’agriculture depuis mars 2025. Photo : David Cesbron
Vincent Lavier est président de la Chambre régionale d’agriculture depuis mars 2025. Photo : David Cesbron

Ingénieur de formation et agriculteur installé en CôtedOr, Vincent Lavier exploite une ferme en polyculturelevage. L’intégralité (1.000 tonnes) de sa production de blé est valorisée en Bourgogne-Franche-Comté : elle est transformée en farine dans un moulin à Poligny, puis valorisée en gâteaux industriels à Dole et Besançon, pour les biscuits Bouvard.
Ses moutons sont 100 % commercialisés par un boucher des halles de Dijon. Son fils a développé sur l’exploitation familiale une activité maraîchère bio en vente directe. Engagé de longue date dans les organisations professionnelles, il a présidé la Chambre d’agriculture de la Côte
dOr dès 2013 avant daccéder, le 12 mars 2025, à la tête de la Chambre régionale. 

Article du 30/04/2026 09:07, modifié le 30/04/2026 10:37

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